Francês — CACD 2016

CEBRASPE · CACD – 3ª fase (Espanhol e Francês) · 100 itens · julgue cada item como Certo ou Errado

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1[...] Ainsi, puisque nous sommes tous réunis ici pouraffirmer que la diplomatie sert à quelque chose, me revient-illa tâche de vous faire partager ma conviction qu’il est possible4et même souhaitable d’en enseigner les arcanes. Pourtant, tout ou presque plaiderait pour qu’onrenonce à un tel enseignement. Car en effet qu’est-ce que la7diplomatie si ce n’est d’abord un art qui, comme tous les artsrequiert avant tout du talent. Or, comme chacun sait, le talentest sans doute la plus grande injustice qui traverse l’humanité,10car il n’est jamais distribué à parts égales. Il choisit certainssans qu’il soit toujours possible de déterminer comment ils ontacquis les qualités dont ils font preuve. Il y a ainsi fort à parier13que jamais Talleyrand ne suivit de cours de diplomate, pas plussans doute que Metternich, même si, des deux artisans duTraité de Vienne, il est plus naturel d’admirer le Français, qui16sut préserver les intérêts d’un pays vaincu que l’Autrichien quis’attacha surtout à restaurer un ordre ancien. Un art donc et, sans nul doute, des dispositions19naturelles qui incitent à comprendre l’autre sans secompromettre, à savoir expliquer sans pour autant excuser, àconvaincre sans blesser et sans volonté excessive d’avoir22raison ni de donner tort. Ce qu’en langage courant on appelleêtre diplomate. Voilà bien le premier obstacle à enseigner ladiplomatie puisqu’elle fait appel à des qualités humaines qu’on25suppose innées et qui en tous cas ne sont pas possédées partous. Le deuxième obstacle est sans doute plus sérieux. Le28monde dans lequel nous vivons change à vive allure et se prêtemal à la reproduction des pratiques du passé. C’est tout l’enjeude l’école que je dirige et qui forme les décideurs publics31français et étrangers de demain : nous connaissons peu dechoses des métiers qu’ils exerceront et du contexte dans lequelils évolueront, tant notre société connait des bouleversements34profonds.

Peut-on enseigner la diplomatie. Conférence de Nathalie Loiseau prononcée à l’Institut Rio Branco, Brasilia, le 31 mai 2016 (texte avec adaptations).

  1. 1.

    Selon M. Laurent Fabius, la diplomatie est un art et pour cette raison ne peut pas être enseignée.

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  2. 2.

    La diplomatie est l’art de défendre une vision propre, au besoin, en portant atteinte à l’autre.

  3. 3.

    Selon M. Laurent Fabius, être diplomate requiert du talent et des dispositions naturelles.

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  4. 4.

    Dans le texte, le nom pluriel « les arcanes » (R.4) signifie les obstacles.

  5. 5.

    Sans changer le sens de la phrase « Voilà bien le premier obstacle à enseigner la diplomatie puisqu’elle fait appel à des qualités humaines » (R. 23 et 24), la conjonction « puisque » peut être remplacée par cependant.

  6. 6.

    L’expression « C’est tout l’enjeu » (R.29) signifie c’est tout le défi, c’est tout le pari.

  7. 7.

    Sans changer le sens de la phrase « Voilà bien le premier obstacle à enseigner la diplomatie puisqu’elle fait appel à des qualités humaines » (R. 23 et 24), la conjonction « puisque » peut être remplacée par mais.

  8. 8.

    Dans le texte, le nom pluriel « les arcanes » (R.4) signifie les secrets.

  9. 9.

    Dans le texte, le nom pluriel « les arcanes » (R.4) signifie les mystères.

  10. 10.

    Selon M. Laurent Fabius, le talent ne touche pas de façon égale toute l’humanité.

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  11. 11.

    L’expression « change à vive allure » (R.28) peut être remplacée par change à toute vitesse sans modifier le sens de la phrase.

  12. 12.

    Sans changer le sens de la phrase « Voilà bien le premier obstacle à enseigner la diplomatie puisqu’elle fait appel à des qualités humaines » (R. 23 et 24), la conjonction « puisque » peut être remplacée par car.

  13. 13.

    Selon M. Laurent Fabius, il est plus naturel d’admirer Talleyrand plutôt que Metternich, car ce dernier ne possédait aucun talent de diplomate.

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  14. 14.

    Une des difficultés les plus importantes pour l’enseignement de la diplomatie est le manque d’institutions fiables de formation de diplomates.

  15. 15.

    Dans le texte, le nom pluriel « les arcanes » (R.4) signifie les risques.

  16. 16.

    Sans changer le sens de la phrase « Voilà bien le premier obstacle à enseigner la diplomatie puisqu’elle fait appel à des qualités humaines » (R. 23 et 24), la conjonction « puisque » peut être remplacée par parce que.

1Washington n’appartient pas, comme Bonaparte, àcette race qui dépasse la stature humaine. Rien d’étonnant nes’attache à sa personne ; il n’est point placé sur un vaste4théâtre ; il n’est point aux prises avec les capitaines les plushabiles, et les plus puissants monarques du temps ; il ne courtpoint de Memphis à Vienne, de Cadix à Moscou ; il se défend7avec une poignée de citoyens sur une terre sans célébrité, dansle cercle étroit des foyers domestiques. Il ne livre point de cescombats qui renouvellent les triomphes d’Arbelles et de10Pharsale ; il ne renverse point les trônes pour en recomposerd’autres avec leurs débris ; il ne fait point dire aux rois à saporte :13Qu’ils se font trop attendre, et qu’Attila s’ennuie. [Corneille] Quelque chose de silencieux enveloppe les actions deWashington ; il agit avec lenteur ; on dirait qu’il se sent chargé16de la liberté de l’avenir, et qu’il craint de la compromettre. Cene sont pas ses destinées que porte ce héros d’une nouvelleespèce : ce sont celles de son pays, il ne se permet pas de jouer19ce qui ne lui appartient pas ; mais de cette profonde humilitéquelle lumière va jaillir ! Cherchez les bois où brilla l’épée deWashington : qu’y trouvez-vous ? Des tombeaux ? Non ; un22monde ! Washington a laissé les Etats-Unis pour trophée surson champ de bataille. Bonaparte n’a aucun trait de ce grave Américain : il25combat avec fracas sur une vieille terre, il ne veut créer que sarenommée, il ne se charge que de son propre sort. Il semblesavoir que sa mission sera courte, que le torrent qui descend de28si haut s’écoulera vite ; il se hâte de jouir et d’abuser de sagloire, comme d’une jeunesse fugitive. A l’instar des dieuxd’Homère, il veut arriver en quatre pas au bout du monde. Il31paraît sur tous les rivages ; il inscrit précipitamment son nomdans les fastes de tous les peuples ; il jette des couronnes à safamille et à ses soldats ; il se dépêche dans ses monuments,34dans ses lois, dans ses victoires. Penché sur le monde, d’unemain il terrasse les rois, de l’autre il abat le géantrévolutionnaire ; mais, en écrasant l’anarchie, il étouffe37la liberté et finit par perdre la sienne sur son dernier champ debataille. Chacun est récompensé selon ses œuvres :40Washington élève une nation à l’indépendance ; magistrat enrepos, il s’endort sous son toit au milieu des regrets de sescompatriotes et de la vénération des peuples.43Bonaparte ravit à une nation son indépendance :empereur déchu, il est précipité dans l’exil, où la frayeur de laterre ne le croit pas encore assez emprisonné sous la garde de46l’océan. Il expire : cette nouvelle publiée à la porte du palaisdevant laquelle le conquérant fit proclamer tant de funérailles,n’arrête ni n’étonne le passant : qu’avaient à pleurer les49citoyens ? La République de Washington subsiste ; l’empire deBonaparte est détruit. Washington et Bonaparte sortirent du52sein de la démocratie : nés tous deux de la liberté, le premierlui fut fidèle, le second la trahit.

Chateaubriand. Memoires d’outre-tombe. (1850, 1re partie, livre sixième, 8 : parallèle de Washington et de Bonaparte). Editions Flammarion, 1982, tome I, p. 281-3.

  1. 17.

    À la ligne 22, « pour trophée » signifie comme signe manifeste de victoire.

  2. 18.

    À la ligne 44, l’expression « déchu » signifie qui est tombé, qui a été expulsé du pouvoir.

  3. 19.

    Aux lignes 10 et 11, dans la proposition « pour en recomposer d’autres », « en » pronominalise « les trônes ».

  4. 20.

    Les termes « silencieux » (R.14) et « lenteur, » (R.15) soulignent l’indétermination et les velléités de Washington.

  5. 21.

    Aux lignes 9 et 10, « Arbelles » et « Pharsale » désignent les noms de généraux célèbres de l’Antiquité.

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  6. 22.

    L’expression « de cette profonde humilité » (R.19) est un éloge en contraste avec « cette race qui dépasse la stature humaine » (R.2).

  7. 23.

    À la ligne 28, « il se hâte de » signifie il s’empresse de, il se dépêche de.

  8. 24.

    À la ligne 16, « il craint de la compromettre » peut aussi bien se dire il redoute de la compromettre, ou il a peur de la compromettre.

  9. 25.

    Dans la phrase « qu’y trouvez-vous ? » (R.21), « y » fait référence à « l’épée de Washington » (R. 20 et 21).

  10. 26.

    L’expression « dans les fastes de tous les peuples » (R.32) signifie au sens figuré dans les richesses, dans les grands déploiements de luxe et de magnificence.

  11. 27.

    Aux lignes 29 et 30, l’expression « A l’instar des dieux d’Homère » signifie à l’inverse des dieux d’Homère, au contraire des dieux d’Homère, contrairement aux dieux d’Homère.

  12. 28.

    La série des noms de villes « de Memphis à Vienne, de Cadix à Moscou » (R.6) évoque de façon fantaisiste la vision que les Américains de l’époque se faisaient de l’Europe.

  13. 29.

    L’expression « avec fracas » (R.25) signifie en cassant, en brisant, en détruisant tout par les armes.

  14. 30.

    Aux lignes 34 à 36, dans « d’une main il terrasse les rois, de l’autre il abat le géant révolutionnaire », on pourrait aussi bien inverser les deux constructions sans modifier le sens de la phrase : d’une main il abat les rois, de l’autre il terrasse le géant révolutionnaire.

  15. 31.

    Aux lignes 52 et 53, dans la phrase « le premier lui fut fidèle, le second la trahit », les deux pronoms personnels « lui » et « la » pronominalisent « la liberté ».

  16. 32.

    Aux lignes 18 et 19, dans l’expression « jouer ce qui ne lui appartient pas », le verbe « jouer » signifie laisser au hasard, abandonner aux incertitudes du sort.

  17. 33.

    Dans le premier paragraphe, presque tous les verbes sont à la forme négative, de façon à rabaisser le personnage aux yeux du lecteur.

  18. 34.

    À la ligne 28, « abuser » signifier utiliser avec excès, se servir hors de toute mesure.

  19. 35.

    Aux lignes 3 et 4, l’expression « sur un vaste théâtre » présente ironiquement les grands évènements historiques comme les péripéties d’une comédie humaine.

  20. 36.

    À la ligne 37, dans la phrase « et finit par perdre la sienne », le pronom possessif « la sienne » pronominalise « la liberté ».

1Après s’être défiés pendant un demi-siècle,Washington et La Havane ont annoncé mercredi 17 décembre2014, dans un geste historique, leur volonté de normaliser leurs4relations. Barack Obama effectuera-t-il une visite à Cuba avantde quitter la Maison Blanche, en janvier 2017 ? Interrogé sur7ce point sur ABC, mercredi 17 décembre, après l’annoncehistorique d’une normalisation entre les deux pays, le présidentdes Etats-Unis ne l’a pas exclue tout en avouant que rien n’était10prévu pour l’instant. « Voyons comment les choses vontévoluer », a-t-il ajouté prudemment. S’il se concrétise un jour,un tel déplacement, qui serait le premier depuis 1959,13signifiera que M. Obama aura gagné le pari audacieux prisdevant les Américains. Car c’est bien un pari qu’a fait le président Obama en16décidant de classer un dossier vieux de plus de cinq décenniesqui apparaissait pour beaucoup, et depuis longtemps, commeanachronique. Cette prise de risque, de la part d’un président19souvent critiqué pour son attentisme, ne survient pas parhasard. M. Obama, comme paradoxalement libéré depuis ladéfaite cinglante essuyée aux élections de mi-mandat, le224 novembre 2014, a tranché sur Cuba comme il l’a fait le20 novembre en annonçant des mesures de régularisation pourles immigrés clandestins après six années d’immobilisme.25 Alors que la voie est désormais dégagée de touteéchéance électorale jusqu’à son départ de la Maison Blanche,le président a eu le courage de reconnaître publiquement que28la politique suivie depuis plus d’un demi-siècle par lesEtats-Unis à l’égard du régime cubain, « l’isolement », n’avaitpas porté ses fruits (« Cuba est toujours dirigé par les Castro et31le Parti communiste arrivé au pouvoir il y a un demi-siècle »)et que le temps était venu « d’une nouvelle approche ». « Todos somos americanos » (« Nous sommes tous des34Américains »), a lancé en espagnol M. Obama aux Cubains,renouant avec les accents de démiurge qui avaient marqué sespremiers mois à la Maison Blanche et qu’un sentiment de37fatalisme face aux désordres du monde avait par la suiteétouffés.

Gilles Paris. Le Monde. Le 18 déc. 2014. Internet: <www.lemonde.fr> (texte avec adaptations).

  1. 37.

    Le pluriel du participe passé « étouffés » (R.38) fait l’accord de nómbre avec « ... désordres du monde » (R.37).

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  2. 38.

    D’après l’auteur du texte, l’un des paris du président Obama était de clore un dossier considéré par beaucoup comme étant une question dépassée.

  3. 39.

    Le nom « attentisme » (R.19) peut être remplacé, sans changer le sens de la phrase, par intervention.

  4. 40.

    Le nom « attentisme » (R.19) peut être remplacé, sans changer le sens de la phrase, par retardement.

  5. 41.

    D’après l’auteur du texte, M. Obama décide de mettre à l’ordre du jour le dossier cubain en excluant toute possibilité de visite à La Havane.

  6. 42.

    L’expression « les accents de démiurge » (R.35) caractérise l’immobilisme du premier gouvernement Obama.

  7. 43.

    « M. Obama, comme paradoxalement libéré depuis la défaite cinglante essuyée aux élections de mi-mandat, le 4 novembre 2014, a tranché sur Cuba comme il l’a fait le 20 novembre en annonçant des mesures de régularisation pour les immigrés clandestins après six années d’immobilisme. » L’expression « défaite cinglante essuyée » peut être remplacée par défaite humiliante subie, sans changer le sens de la phrase.

  8. 44.

    Le pluriel du participe passé « étouffés » (R.38) fait l’accord de nómbre avec « les accents de démiurge » (R.35).

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  9. 45.

    Le pluriel du participe passé « étouffés » (R.38) fait l’accord de nómbre avec « ... un sentiment de fatalisme » (R. 36 et 37).

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  10. 46.

    Le nom « attentisme » (R.19) peut être remplacé, sans changer le sens de la phrase, par atermoiement.

  11. 47.

    « M. Obama, comme paradoxalement libéré depuis la défaite cinglante essuyée aux élections de mi-mandat, le 4 novembre 2014, a tranché sur Cuba comme il l’a fait le 20 novembre en annonçant des mesures de régularisation pour les immigrés clandestins après six années d’immobilisme. » Aussi bien à propos de Cuba qu’au sujet des immigrés clandestins, Obama a pris des décisions motivées par l’approche des élections de mi-mandat.

  12. 48.

    D’après l’auteur du texte, la politique de l’ « isolement » menée par Washington par rapport à Cuba n’avait pas abouti à un résultat positif depuis cinq décennies.

  13. 49.

    D’après l’auteur du texte, un sentiment de fatalisme avait gagné Obama renforçant l’enthousiame qui a caractérisé son premier mandat.

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  14. 50.

    L’expression « échéance électorale » (R.26) fait référence à la date à laquelle expire le dépouillement des votes reçus par les candidats durant les élections présidentielles.

  15. 51.

    Les épithètes « vieux » (R.16) et « anachronique » (R.18) qualifient le dossier des relations entre Cuba et les Etats-Unis.

  16. 52.

    Le pluriel du participe passé « étouffés » (R.38) fait l’accord de nómbre avec « ses premiers mois à la Maison Blanche » (R. 35 et 36).

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  17. 53.

    L’expression « prise de risque » (R.18) signifie tenter quelque chose sans garanties quant aux résultats.

  18. 54.

    Le nom « attentisme » (R.19) peut être remplacé, sans changer le sens de la phrase, par action.

  19. 55.

    « M. Obama, comme paradoxalement libéré depuis la défaite cinglante essuyée aux élections de mi-mandat, le 4 novembre 2014, a tranché sur Cuba comme il l’a fait le 20 novembre en annonçant des mesures de régularisation pour les immigrés clandestins après six années d’immobilisme. » La conjonction « comme » exprime une idée de cause.

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  20. 56.

    « M. Obama, comme paradoxalement libéré depuis la défaite cinglante essuyée aux élections de mi-mandat, le 4 novembre 2014, a tranché sur Cuba comme il l’a fait le 20 novembre en annonçant des mesures de régularisation pour les immigrés clandestins après six années d’immobilisme. » Le président Obama a évincé toute possibilité d’accord entre son gouvernement et Cuba.

1A prendre le terme dans la rigueur de l’acception,il n’a jamais existé de véritable démocratie, et il n’en existerajamais. Il est contre l’ordre naturel que le grand nombre4gouverne et que le petit soit gouverné. On ne peut imaginer quele peuple reste incessamment assemblé pour vaquer auxaffaires publiques, et l’on voit ainsi qu’il ne saurait établir pour7cela des commissions, sans que la forme de l’administration change. En effet, je crois pouvoir poser en principe que,quand les fonctions du gouvernement sont partagées entre10plusieurs tribunaux, les moins nombreux acquièrent, tôt outard, la plus grande autorité, ne fût-ce qu’à cause de la facilitéd’expédier les affaires, qui les y amène naturellement.13D’alleurs, que de choses difficiles à réunir ne supposepas ce gouvernement ! Premièrement un état très petit, où lepeuple soit facile à rassembler, où chaque citoyen puisse16aisément connaître tous les autres : secondement, une grandesimplicité de mœurs qui prévienne la multitude d’affaires et lesdicussions épineuses : ensuite, beaucoup d’égalité dans les19rangs et dans les fortunes, sans quoi l’égalité ne sauraitsubsister longtemps dans les droits et l’autorité : enfin, peu oupoint de luxe ; car, ou le luxe est l’effet des richesses, ou il les22rend nécessaires, il corrompt à la fois le riche et le pauvre, l’unpar la possession, l’autre par la convoitise ; il vend la patrie àla mollesse, à la vanité ; il ôte à l’état tous ses citoyens pour les25asservir les uns aux autres, et tous à l’opinion. Voilà pourquoi un auteur célèbre [Montesquieu,Esprit des Lois, liv. III, chap. 3] a donné la vertu pour principe28à la république, car toutes ces conditions ne sauraient subsistersans la vertu : mais, faute d’avoir fait les distinctionsnécessaires, ce beau génie a manqué souvent de justesse,31quelquefois de clarté, et n’a pas vu que l’autorité souveraineétant partout la même, le même principe doit avoir lieu danstout état bien constitué ; plus ou moins il est vrai, selon la34forme du gouvernement. Ajoutons qu’il n’y a pas de gouvernement si sujet auxguerres civiles et aux agitations intestines que le démocratique37ou populaire, parce qu’il n’y en a aucun qui tende si fortementet si continuellement à changer de forme, ni qui demande plusde vigilance et de courage pour être maintenu dans la sienne.40C’est surtout dans cette constitution que le citoyen doit s’armerde force et de constance, et dire chaque jour de sa vie au fondde son cœur ce que disait un vertueux palatin [le palatin de43Posnanie, père du roi de Pologne, duc de Lorraine] dans ladiète de Pologne : Malo periculosam libertatem quam quietumservitium [Je préfère une liberté périlleuse à un esclavage tranquille].46 S’il y avait un peuple de dieux, il se gouverneraitdémocratiquement. Un gouvernement si parfait ne convient pasà des hommes.

Jean-Jacques Rousseau. Du contrat social (1762, livre III, chapitre IV : de la démocratie). Flammarion, s.d., p. 72-4.

  1. 57.

    Dans le 3ème paragraphe, Rousseau, en accumulant les conditions précises d’exercice de la démocratie, établit qu’elle est impossible dans la réalité.

  2. 58.

    Dans « ne fût-ce qu’à cause de la facilité d’expédier les affaires » (R. 11 et 12) l’expression ne fût-ce que signifie même si ce n’était que.

  3. 59.

    La phrase exclamative « que de choses... ne suppose pas ce gouvernement ! » (R. 13 et 14) a une signification négative.

  4. 60.

    Aux lignes 2 et 3, dans la proposition « il n’en existera jamais », « en » fait référence à « véritable démocratie ».

  5. 61.

    À la ligne 4, « On ne peut imaginer » peut aussi bien se dire On ne peut pas imaginer.

  6. 62.

    La proposition « sans que la forme de l’administration change » (R. 7) peut aussi bien s’exprimer en inversant le sujet, sans en changer le sens : sans que change la forme de l’administration.

  7. 63.

    Dans la proposition relative « qui les y amène » (R.12), « y » fait référence à « la plus grande autorité » (R.11).

  8. 64.

    La phrase « S’il y avait... , il se gouvernerait » (R.46) exprime l’irréel du présent, renforçant l’idée que la démocratie n’existe pas dans la réalité.

  9. 65.

    Par les mots « On ne peut imaginer que le peuple reste incessamment assemblé pour vaquer aux affaires publiques » (R. 4 à 6), Rousseau constate l’impossibilité de la démocratie directe.

  10. 66.

    Par les mots « S’il y avait un peuple de dieux, il se gouvernerait démocratiquement. Un gouvernement si parfait ne convient pas à des hommes » (R. 46 à 48), Rousseau condamne non pas la démocratie mais la médiocrité de l’espèce humaine.

  11. 67.

    Dans le 2e paragraphe, Rousseau considère que, la démocratie directe étant éliminée, les fonctions du gouvernement, mêmes partagées entre plusieurs organes, tendent à l’oligarchie.

  12. 68.

    À la ligne 19, « sans quoi » peut aussi bien s’exprimer par sinon.

1Mesdames et Messieurs de l’Académie, Permettez que je vous relate mon unique rencontreavec Hector Bianciotti, celui auquel je succède au fauteuil4numéro 2 de l’Académie française. D’abord une longuedigression — il y en aura d’autres durant ce discours en formede récit, mais ne vous inquiétez pas trop de cette vieille ruse de7conteur, on se retrouvera à chaque clairière. C’est Legba quim’a permis de retracer Hector Bianciotti disparu sous nos yeuxahuris durant l’été 2012. Legba, ce dieu du panthéon vaudou10dont on voit la silhouette dans la plupart de mes romans. Surl’épée que je porte aujourd’hui il est présent par son Vèvè, undessin qui lui est associé. Ce Legba permet à un mortel de13passer du monde visible au monde invisible, puis de revenir aumonde visible. C’est donc le dieu des écrivains. Ce 12 décembre 2013 j’ai voulu être en Haïti, sur16cette terre blessée, pour apprendre la nouvelle de mon électionà la plus prestigieuse institution littéraire du monde. J’ai vouluêtre dans ce pays où après une effroyable guerre coloniale on19a mis la France esclavagiste d’alors à la porte tout en gardantsa langue. Ces guerriers n’avaient rien contre une langue quiparlait parfois de révolution, souvent de liberté. Ce jour-là un22homme croisé à Port-au-Prince, peut-être Legba, m’aquestionné au sujet de l’immortalité des académiciens. Ilsemblait déçu de m’entendre dire que c’est la langue qui25traverse le temps et non l’individu qui la parle, mais que cettelangue ne perdurera que si elle est parlée par un assez grandnombre de gens. Il est parti en murmurant : « Ah, toujours des28mots… » C’est qu’en Haïti on croit savoir des choses à proposde la mort que d’autres peuples ignorent. La mort est là-basplus mystique que mystérieuse.

Discours de Dany Laferrière à l’Académie française, le jeudi 28 mai 2015. Internet : <www.academie-francaise.fr>.

  1. 69.

    Laferrière dénonce la continuité actuelle en Haïti des guerres coloniales contre la France.

  2. 70.

    Dans son entrée à l'Académie française, l'écrivain Dany Laferrière prononce un discours objectif et sans détours où il raconte sa vie personnelle.

  3. 71.

    Dans son entrée à l'Académie française, l'écrivain Dany Laferrière déclare que Legba est figurativement présent dans tous ses romans.

  4. 72.

    Sur l’épée de l’uniforme d’académicien que porte Laferrière, il y a un dessin qui renvoie au dieu vaudou.

  5. 73.

    Dans son entrée à l'Académie française, l'écrivain Dany Laferrière salue la divinité vaudou Legba qu’il désigne comme étant le dieu des écrivains.

  6. 74.

    Dans son entrée à l'Académie française, l'écrivain Dany Laferrière affirme que Legba est le dieu qui ferme les portes entre les mondes des morts et des vivants.

  7. 75.

    L’écrivain souligne la permanence de la langue et le caractère transitoire des individus, à condition que cette langue soit parlée par beaucoup de gens.

  8. 76.

    Par l’expression « terre blessée » (R.16), Laferrière se réfère aux fléaux sociaux et climatiques provoqués par l’ancienne colonisation française en Haïti.

  9. 77.

    Dans « La mort est là-bas plus mystique que mystérieuse » (R. 29 et 30), les adjectifs « mystique » et « mystérieuse » traduisent, selon l’auteur, des idées semblables sur la mort.

  10. 78.

    L’auteur d’origine haïtienne réaffirme dans le texte la valeur de la langue française en tant que butin de guerre.

  11. 79.

    Dans « pour apprendre la nouvelle » (R.16), la forme verbale « apprendre » peut être remplacée par annoncer sans changer le sens de la proposition.

  12. 80.

    Par l’expression « Ah, toujours des mots... » (R. 27 et 28), Legba réitère les propos de Laferrière au sujet de la survie des langues.

1Le XIXème siècle possède deux types de sociétés quiont fait leurs preuves, et qui, malgré les incertitudes quipeuvent peser sur leur avenir, auront une grande place dans4l’histoire de la civilisation. L’un est le type américain, fondéessentiellement sur la liberté et la propriété, sans privilèges declasses, sans institutions anciennes, sans histoire, sans société7aristocratique, sans cour, sans pouvoir brillant, sans universitéssérieuses ni fortes institutions scientifiques, sans servicemilitaire obligatoire pour les citoyens. Dans ce système,10l’individu, très peu protégé par l’Etat, aussi très peu gêné parl’Etat. Jeté sans patron dans la bataille de la vie, il s’en tirecomme il peut, et s’enrichit, s’appauvrit, sans qu’il songe une13seule fois à se plaindre du gouvernement, à le renverser, à luidemander quelque chose, à déclamer contre la liberté et lapropriété. Le plaisir de déployer son activité à toute vapeur lui16suffit, même quand les chances de la loterie ne lui ont pas étéfavorables. Ces sociétés manquent de distinction, de noblesse ;elles ne font guère d’œuvres originales en fait d’art et de19science ; mais elles peuvent arriver à être très puissantes, etd’excellentes choses peuvent s’y produire. La grosse questionest de savoir combien de temps elles dureront, quelles maladies22particulières les affecteront, comment elles se comporterontà l’égard du socialisme, qui les a jusqu’ici peu atteintes. Le second type de société que notre siècle voit exister25avec éclat est celui que j’appellerai l’ancien régime développéet corrigé. La Prusse en offre le meilleur modèle. Ici l’individuest pris, élevé, façonné, dressé, discipliné, requis sans cesse par28une société dérivant du passé, moulée dans de vieillesinstitutions, s’arrogeant une maîtrise de moralité et de raison.L’individu, dans ce système, donne énormément à l’Etat ; il31reçoit en échange de l’Etat une forte culture intellectuelle etmorale, ainsi que la joie de participer à une grande œuvre. Cessociétés sont particulièrement nobles ; elles créent la science ;34elles dirigent l’esprit humain ; elles font l’histoire ; mais ellessont de jour en jour affaiblies par les réclamations de l’égoïsmeindividuel, qui trouve que le fardeau que l’Etat lui impose est37trop lourd à porter. Ces sociétés en effet impliquent descatégories entières de sacrifiés, de gens qui doivent se résignerà une vie triste sans espoir d’amélioration. L’éveil de la40conscience populaire et jusqu’à un certain point l’instructiondu peuple minent ces grands édifices féodaux et les menacentde ruine. La France, qui était autrefois une société de ce genre,43est tombée. L’Angleterre s’éloigne sans cesse du type que nousvenons de décrire pour se rapprocher du type américain.L’Allemagne maintient ce grand cadre, non sans que des signes46de révolte s’y fassent déjà entrevoir. Jusqu’à quel point cetesprit de révolte, qui n’est autre que la démocratie socialiste,envahira-t-il les pays germaniques à leur tour ? Voilà la49question qui doit préoccuper le plus un esprit réfléchi. Nousmanquons d’éléments pour y répondre avec précision.

Ernest Renan. La reforme intellectuelle et morale de la France (1871). Union Générale d’Éditions, 10/18, 1967, p. 167-70.

  1. 81.

    À la ligne 41, « minent » est ici employé au sens figuré de rivaliser insidieusement, affaiblir en secret, nuire en silence.

  2. 82.

    À la ligne 11, « sans patron » est pris ici au sens figuré : sans modèle moral, social, culturel ou historique.

  3. 83.

    Les trois pronoms relatifs « qui », dans « qui ont fait, ... qui auront, ... qui peuvent peser » (R. 1 à 3) ont pour antécédents « deux types de sociétés » (R.1).

  4. 84.

    À la ligne 21, « quelles maladies » fait allusion aux forts risques d’épidémies à l’époque.

  5. 85.

    Les grands succès militaires de la Prusse font logiquement prévoir l’hégémonie de l’Allemagne en Europe.

  6. 86.

    L’auteur est au fond convaincu que la Prusse, et l’Empire Allemand qu’elle a créé, évolueront vers la démocratie socialiste.

  7. 87.

    Aux lignes 45 et 46, dans « des signes de révolte s’y fassent déjà entrevoir », « y » pronominalise « L’Allemagne ».

  8. 88.

    À la ligne 11, dans « il s’en tire », « en » pronominalise « la bataille de la vie ».

  9. 89.

    À la ligne 27, « requis » est le participe passé du verbe requérir, qui signifie prier, solliciter, sommer, exiger.

  10. 90.

    Dans « peuvent s’y produire » (R.20), le pronom « y » pronominalise « d’art et de science » (R. 18 et 19).

  11. 91.

    À la ligne 29, « s’arrogeant » est le participe présent du verbe s’arroger, qui signifie s’attribuer à tort des droits ou des titres.

  12. 92.

    Aux lignes 12 et 13, « sans qu’il songe une seule fois à se plaindre » signifie sans qu’il pense une seule fois à se plaindre.

  13. 93.

    À la ligne 23, « atteintes » est le participe passé passif du verbe atteindre.

  14. 94.

    Aux lignes 45 et 46, dans « non sans que des signes de révolte s’y fassent déjà entrevoir », les deux négations « non » et « sans » s’annulant, la proposition a donc un sens positif emphatique.

  15. 95.

    À la ligne 15, « à toute vapeur » est pris au sens figuré et signifie perfectionner les techniques de la révolution industrielle.

  16. 96.

    À la ligne 16, « les chances de la loterie » signifie les possibilités de faire fortune grâce aux jeux de hasard.

  17. 97.

    À la ligne 23, « à l’égard du socialisme » signifie dans leur lutte contre le socialisme.

  18. 98.

    À diverses reprises, le socialisme est présenté comme un espoir de développement et de progrès pour les sociétés.

  19. 99.

    À la ligne 18, « elles ne font guère » signifie elles ne font absolument pas.

  20. 100.

    Dans « La Prusse en offre » (R.26), « en » fait référence à « l’ancien régime » (R.25).

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