Francês — CACD 2015

CEBRASPE · CACD – 3ª fase (Espanhol e Francês) · 100 itens · julgue cada item como Certo ou Errado

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(Claude Lévi-Strauss est invité par Georges Dumas au poste de professeur de sociologie à l’Université de São Paulo)

1[...] Le Brésil et l’Amérique du Sud ne signifiaientrien pour moi. Néanmoins, je revois encore, avec la plusgrande netteté, les images qu’évoquèrent aussitôt cette4proposition imprévue. Les pays exotiques m’apparaissaientcomme le contrepied des nôtres, le terme d’antipodes trouvaitdans ma pensée un sens plus riche et plus naïf que son contenu7littéral. On m’eût fort étonné en disant qu’une espèce animaleou végétale pouvait avoir le même aspect des deux côtés duglobe. Chaque animal, chaque arbre, chaque brin d’herbe,10devait être radicalement différent, afficher au premier coupd’œil sa nature tropicale. Le Brésil s’esquissait dans monimagination comme des gerbes de palmiers contournés,13dissimulant des architectures bizarres, le tout baigné dans uneodeur de cassolette, détail olfactif introduit subrepticement,semble-t-il, par l’homophonie inconsciemment perçue des mots16« Brésil » et « grésiller », mais qui, plus que toute expérienceacquise, explique qu’aujourd’hui encore je pense d’abord auBrésil comme à un parfum brûlé.19Considérées rétrospectivement, ces images ne meparaissent plus aussi arbitraires. J’ai appris que la vérité d’unesituation ne se trouve pas dans son observation journalière,22mais dans cette distillation patiente et fractionnée quel’équivoque du parfum m’invitait peut-être déjà à mettre enpratique, sous la forme d’un calembour spontané, véhicule25d’une leçon symbolique que je n’étais pas à même de formulerclairement. Moins qu’un parcours, l’exploration est une fouille:une scène fugitive, un coin de paysage, une réflexion saisie au28vol, permettent seuls de comprendre et d’interpréter deshorizons autrement stériles. Je fus donc bien étonné quand, au cours d’un déjeuner31où m’avait emmené Victor Marguerite, j’entendis de la bouchede l’ambassadeur du Brésil à Paris le son de cloche officiel:« Des Indiens? Hélas, mon cher Monsieur, mais voici des34lustres qu’ils ont tous disparus. Oh, c’est là une page bientriste, bien honteuse, dans l’histoire de mon pays. […]. Mais,comment reprocher aux colons portugais d’avoir participé à la37rudesse générale des mœurs? Ils se saisissaient des Indiens, lesattachaient aux bouches des canons et les déchiquetaientvivants à coups de boulets. C’est ainsi qu’on les a eus, jusqu’au40dernier. Vous allez, comme sociologue, découvrir au Brésil deschoses passionnantes, mais les Indiens, n’y songez plus, vousn’en trouverez plus un seul… »

Claude Lévi-Strauss. Tristes tropiques. Paris, 1955 (Extrait,chapitre V, p. 37-39). (adapté).

  1. 1.

    Le mot « exploration » (R.26) est synonyme de exploitation.

  2. 2.

    Les mots « Brésil » et « grésiller » évoquent pour l’auteur les braises d’un foyer à l’origine du mot « Brésil ».

  3. 3.

    L’expression « Je n’étais pas à même de » (R.25) pourrait être remplacée, sans changer le sens de la phrase, par je me refusais à.

  4. 4.

    Dans « n’y songez plus » (R.41) le verbe est à l’impératif.

  5. 5.

    L’extrait « On m’eût fort étonné en disant que » (R.7) pourrait être remplacé, sans changer le sens de la phrase, par on m’aurait fort étonné si on m’avait dit que.

  6. 6.

    Les clichés de Lévi- Strauss sur le Brésil se sont tous révélés exacts.

  7. 7.

    Le verbe évoquer, utilisé à la ligne 3 signifie repousser.

  8. 8.

    L’auteur utilise le mot « coin » (R.27) pour exprimer son admiration envers les paysages brésiliens.

  9. 9.

    Le pronon « en » (R.42) remplace « des choses passionnantes » (R. 40 et 41).

  10. 10.

    Lévi-Strauss admet que sa découverte du Brésil et la compréhension qu’il en a retirée sont le fruit d’une étude méthodique et rationnelle.

  11. 11.

    Le mot « s’esquissait » (R.11) pourrait être remplacé, sans changer le sens de la phrase, par s’ébauchait.

  12. 12.

    L’expression « saisie au vol » (R. 27 et 28) est utilisée par Lévi-Strauss pour mettre en relief l’aspect subtil de sa compréhension du Brésil.

  13. 13.

    L’expression « son de cloche » (R.32) signifie dans le texte la colère.

  14. 14.

    La forme verbale « dissimulant » (R.13) pourrait être remplacé, sans changer le sens de la phrase par qui dissimulaient.

  15. 15.

    L’expression « une fouille » (R.26) est l’action de chercher avec soin dans un lieu.

  16. 16.

    Avant qu’on lui propose son premier poste au Brésil, Lévi-Strauss s’était déjà largement renseigné sur la région.

1Artisan d’une langue classique, précise et sobre,distincte du créole employé au Cap-Vert, en Guinée-Bissau eten Guinée-Equatoriale, mais cousine du portugais chaud et4épicé parlé en Angola et au Brésil, Couto en revendiquel’usage avec beaucoup d’humilité. « Le portugais mozambicain— ou encore, en ce moment, le portugais du Mozambique —7est lui-même un lieu de conflits et d’ambiguïtés. L’adhésionmozambicaine à la lusophonie est chargée de réserves, de refusapparents, d’approbations méfiantes », expliquait-il en 2001 à10l’occasion d’un discours prononcé à l’université de Faro, auPortugal. António Emílio Leite Couto, surnommé Mia lorsqu’ilétait enfant parce qu’il aimait les chats, affectionne les13positions défavorables et les contradictions productrices desens. Il poursuit: « Je suis un Blanc qui est africain; un athéenon pratiquant; un poète qui écrit en prose; un homme qui a un16nom de femme; un scientifique qui a peu de certitudes sur lascience; un écrivain en terre d’oralité. » (...) « J’appartiens àune tribu quasiment éteinte. Nous sommes aujourd’hui deux à19trois mille. » A la lecture de son œuvre, on comprend que cesconsidérations ethniques lui importent peu, car pour lui« chaque homme est une race », et c’est sans doute là son22unique doctrine politique. (...)23 En 1975, plus de 80% des habitants ne parlaient pasle portugais; ils seraient encore 60% aujourd’hui. En songeantà la proximité de l’Afrique du Sud, du Zimbabwe, de la26Zambie et de la Tanzanie anglophones, les responsables duFront de libération du Mozambique (Frelimo) avaient ététentés d’adopter l’anglais comme langue officielle pour effacer29toute trace de la présence portugaise. Lors du premier congrèsdu mouvement nationaliste, en 1962, cette question futdébattue. La décision (rédigée en anglais...) de faire du32portugais un véhicule de communication entre les diversesethnies et une langue d’unification du pays signa latransformation revendiquée d’un instrument de domination35coloniale en son contraire. « Le portugais a été adopté non pascomme un héritage, mais comme le plus important trophée deguerre », observe Couto, faisant écho au mot fameux de38l’écrivain algérien Kateb Yacine: « La langue française a été etreste un butin de guerre. » C’est ainsi que « le gouvernementmozambicain a plus fait pour la langue portugaise que des41siècles de colonisation, pour son propre intérêt national, pourla défense de la cohésion interne, pour la construction de sapropre intériorité ». (...)44 En 1975, quarante et une de ces langues indigènesfurent reconnues « langues nationales » par la Constitutionnouvelle, le portugais ayant été retenu comme « langue47officielle ». (...) L’œuvre de Couto est née dans ce champmagnétique linguistique inédit: l’idiome portugais n’est pas lalangue des Mozambicains, il est la langue de la50« mozambicanité ». Une utopie? Le pays en avait besoinau terme de la guerre civile, qui a duré de 1976 à 1992 et faitun million de morts. (...)53 Accompagnant la naissance d’une nation dont il avoulu qu’elle grandisse comme un poème, Couto a entrepris de« mozambicaner » le portugais, comme Mário de Andrade et56les modernistes de São Paulo l’avaient « brésilianisé » dans lepremier quart du XXe siècle, afin d’inventer un imaginairepolitique et littéraire autochtone. (…)59 Avec des mots qu’il semble redécouvrir à chaque foisqu’il tape une lettre sur son clavier, cet écrivain a le don derendre sensible la relation entre les hommes et la terre, concrets62les rêves des enfants et presque supportable le poids dumalheur. « J’écris pour être heureux. La poétesse portugaiseSophia de Mello Breyner racontait des histoires pour que ses65enfants souffrants s’endorment. J’écris pour endormir unmonde qui me paraît souffrant. Et ainsi j’invente deshistoires. ».(...)

Sébastien Lapaque. L’interprète du Mozambique. In: Le Monde diplomatique, février 2015. (adapté).

  1. 17.

    A travers son écriture Mia Couto raconte des histoires pour alléger les souffrances du monde.

  2. 18.

    Le portugais est devenu langue officielle au Mozambique pour faire écho aux propos de l’écrivain algérien Kateb Yacine.

  3. 19.

    À la ligne 65 « s’endorment » est le présent du subjonctif du verbe s’endormir.

  4. 20.

    À la ligne 45 « furent » est le passé simple du verbe aller.

  5. 21.

    À la ligne 53 « dont » est un pronom relatif complément de nom.

  6. 22.

    À la ligne 51 « au terme de » veut dire vers la fin de.

  7. 23.

    À la ligne 20 « lui » est un pronom tonique.

    Item anulado pela banca

  8. 24.

    À la ligne 29 « Lors » pourrait être remplacé par Lorsque sans rien changer à la phrase.

  9. 25.

    À la ligne 24 « En songeant » pourrait être remplacé par En pensant sans changer le sens de phrase.

  10. 26.

    Pour Mia Couto, « mozambicaner » (R.55), la langue portugaise, c’est la rendre plus proche du brésilien comme l’avait fait Mario de Andrade et les modernistes de São Paulo.

  11. 27.

    À la ligne 18 « quasiment » pourrait être remplacé par presque sans changer le sens de la phrase.

  12. 28.

    Mia Couto se décrit comme une personne pleine de contradictions, appartenant à une petite minorité blanche africaine.

1Aucun homme n’a reçu de la nature le droit decommander aux autres. La liberté est un présent du ciel, etchaque individu de la même espèce a le droit d’en jouir4aussitôt qu’il jouit de la raison. Si la nature a établi quelqueautorité, c’est la puissance paternelle: mais la puissancepaternelle a ses bornes; et dans l’état de nature elle finirait7aussitôt que les enfants seraient en état de se conduire. Touteautre autorité vient d’une autre origine que la nature. Qu’onexamine bien et on la fera toujours remonter à l’une de ces10deux sources: ou la force et la violence de celui qui s’en estemparé, ou le consentement de ceux qui s’y sont soumis par uncontrat fait ou supposé entre eux et celui à qui ils ont déféré13l’autorité. La puissance qui s’acquiert par la violence n’estqu’une usurpation et ne dure qu’autant que la force de celui qui16commande l’emporte sur celle de ceux qui obéissent; en sorteque si ces derniers deviennent à leur tour les plus forts, etqu’ils secouent le joug, ils le font avec autant de droit et de19justice que l’autre qui le leur avait imposé. La même loi qui afait l’autorité la défait alors: c’est la loi du plus fort. Quelquefois l’autorité qui s’établit par la violence22change de nature; c’est lorsqu’elle continue et se maintient duconsentement exprès de ceux qu’on a soumis: mais elle rentrepar-là dans la seconde espèce dont je vais parler; et celui qui25se l’était arrogé devenant alors prince cesse d’être tyran. La puissance qui vient du consentement des peuplessuppose nécessairement des conditions qui en rendent l’usage28légitime utile à la société, avantageux à la république, et qui lafixent et la restreignent entre des limites; car l’homme ne peutni ne doit se donner entièrement et sans réserve à un autre31homme, parce qu’il a un maître supérieur au-dessus de tout, àqui seul il appartient tout entier. C’est Dieu dont le pouvoir esttoujours immédiat sur la créature, maître aussi jaloux34qu’absolu, qui ne perd jamais de ses droits et ne lescommunique point. Il permet pour le bien commun et lemaintien de la société que les hommes établissent entre eux un37ordre de subordination, qu’ils obéissent à l’un d’eux; mais ilveut que ce soit par raison et avec mesure, et non pasaveuglément et sans réserve, afin que la créature ne s’arroge40pas les droits du créateur. Toute autre soumission est levéritable crime d’idolâtrie. Fléchir le genou devant un hommeou devant une image n’est qu’une cérémonie extérieure, dont43le vrai Dieu qui demande le cœur et l’esprit ne se soucie guère,et qu’il abandonne à l’institution des hommes pour en faire,comme il leur conviendra, des marques d’un culte civil et46politique, ou d’un culte de religion. Ainsi ce ne sont pas cescérémonies en elles-mêmes, mais l’esprit de leur établissementqui en rend la pratique innocente ou criminelle. Un Anglais n’a49point de scrupule à servir le roi genou en terre; le cérémonialne signifie que ce qu’on a voulu qu’il signifiât, mais livrer soncœur, son esprit et sa conduite sans aucune réserve à la volonté52et au caprice d’une pure créature, en faire l’unique et derniermotif de ses actions, c’est assurément un crime de lèse-majestédivine au premier chef…55 Le prince tient de ses sujets mêmes l’autorité qu’il asur eux; et cette autorité est bornée par les lois de la nature etde l’État… Le prince ne peut donc pas disposer de son pouvoir58et de ses sujets sans le consentement de la nation etindépendamment du choix marqué par le contrat desoumission… Les conditions de ce pacte sont différentes dans61les différents États. Mais partout la nation est en droit demaintenir envers et contre tout le contrat qu’elle a fait; aucunepuissance ne peut le changer; et quand il n’a plus lieu, elle64rentre dans le droit et dans la pleine liberté d’en passer unnouveau avec qui et comme il lui plaît. C’est ce qui arriveraiten France si, par le plus grand des malheurs, la famille entière67régnante venait à s’éteindre jusque dans ses moindres rejetons:alors le spectre et la couronne retourneraient à la nation.

Diderot. Autorité politique. L’Encyclopédie. Lagarde et Michard XVIII.

  1. 29.

    Dans le texte, Diderot louvoie entre critiques et acceptation de l’autorité royale et du pouvoir divin afin de protéger ses écrits et lui-même.

  2. 30.

    À l’époque de Diderot, il existait un contrat que le roi signait lors de son intronisation par lequel il s’engageait face à la nation et pour le bien de celle-ci.

  3. 31.

    À la ligne 38 « non pas » est une double négation qui revient donc à une affirmation.

  4. 32.

    Diderot accepte l’autorité royale de la famille régnante française étant donné l’origine divine de l’attribution de celle-ci.

  5. 33.

    L’adjectif « quelque » (R.4) marque dans le texte l’indifférence, la quantité indéterminée.

  6. 34.

    La phrase « Le prince tient de ses sujets mêmes l’autorité qu’il a sur eux » (R. 55 et 56) signifie que le prince est le garant de l’autorité qu’il exerce sur ces sujets.

  7. 35.

    A la ligne 35, on pourrait changer le mot « point » par pas sans changer le sens de la phrase.

  8. 36.

    Diderot défend l’usage de la raison et du bon sens dans l’obéissance du peuple sauf en ce qui concerne l’autorité de Dieu ou celle des princes.

  9. 37.

    Diderot considère que le commandement par la tyrannie est légitime lorsque celui-ci est finalement accepté par ceux qui le subissent.

  10. 38.

    Le mot, « partout » (R.61) fait ici référence à tous les États du monde.

  11. 39.

    A travers ces propos Diderot condamne également l’esclavage.

  12. 40.

    Diderot souscrit au faste des rites religieux et royaux car requis par la volonté de Dieu.

  13. 41.

    L’extrait « maître aussi jaloux qu’absolu » (R. 33 et 34) signifie plus jaloux qu’absolu.

  14. 42.

    Diderot avance qu’en cas d’extinction totale de la famille royale française, la nation pourrait alors choisir d’adopter un nouveau régime politique à sa convenance.

  15. 43.

    À la ligne 63, « quand il n’a plus lieu » fait référence au moment où le contrat entre la nation et le prince n’existe plus pour une raison quelconque.

  16. 44.

    A la ligne 43 on pourrait changer le mot « guère» par peu sans changer le sens de la phrase.

1Or je trouve, pour revenir à mon propos, qu’il n’y arien de barbare et de sauvage en cette nation, à ce qu’on m’ena rapporté, sinon que chacun appelle barbarie ce qui n’est pas4de son usage; comme de vrai, il semble que nous n’avons autremire de la vérité et de la raison que l’exemple et idée desopinions et usances du pays où nous sommes. Là est toujours7la parfaite religion, la parfaite police, parfait et accompli usagede toutes choses. Ils sont sauvages, de même que nousappelons sauvages les fruits que nature, de soi et de son10progrès ordinaire, a produits: là où, à la vérité, ce sont ceuxque nous avons altérés par notre artifice et détournés de l’ordrecommun, que nous devrions appeler plutôt sauvages. En13ceux-là sont vives et vigoureuses les vraies et plus utiles etnaturelles vertus et propriétés, lesquelles nous avons abâtardiesen ceux-ci, et les avons seulement accommodées au plaisir de16notre goût corrompu. 2.Les indigènes des Antilles et de l’Amérique du Sud. 3.Critère, point de vue.194. Régime politique. 5.Usage.

Montaigne « Chacun appelle barbarie ce qui n’est pas de son usage », « Des cannibales », I. 31.

  1. 45.

    À la ligne 6, l’adverbe « Là » remplace « pays où nous sommes ».

  2. 46.

    Dans ce texte Montaigne fait référence au chauvinisme des peuples d’occident de son époque.

  3. 47.

    On peut remplacer « je trouve » (R.1) par je pense, sans changer le sens de la phrase.

  4. 48.

    Montaigne nous fait part de ses réflexions à la suite d’un voyage qu’il a effectué aux Antilles.

  5. 49.

    Dans cet extrait, Montaigne fait l’apologie des habitudes et du mode de vie français de l’époque.

  6. 50.

    On peut remplacer « propos » (R.1) par hypothèse, sans changer le sens de la phrase.

  7. 51.

    Cet extrait a pu constituer le germe de la théorie du « bon sauvage » chère à Rousseau.

  8. 52.

    Le pronon « ceux-ci » (R.15) remplace les fruits que la nature a produits.

1Les habitants de Paris sont d’une curiosité qui vajusqu’à l’extravagance. Lorsque j’arrivai, je fus regardé commesi j’avais été envoyé du ciel: vieillards, hommes, femmes,4enfants, tous voulaient me voir. Si je sortais, tout le monde semettait aux fenêtres; si j’étais aux Tuileries, je voyais aussitôtun cercle se former autour de moi; les femmes même faisaient7un arc-en-ciel nuancé de mille couleurs, qui m’entourait: sij’étais aux spectacles, je trouvais d’abord cent lorgnettesdressées contre ma figure: enfin, jamais homme n’a tant été vu10que moi. Je souriais quelquefois d’entendre des gens quin’étaient presque jamais sortis de leur chambre, qui disaiententre eux: « Il faut avouer qu’il a l’air bien persan. » Chose13admirable! je trouvais de mes portraits partout; je me voyaismultiplié dans toutes les boutiques, sur toutes les cheminées,tant on craignait de ne m’avoir pas assez vu.16Tant d’honneurs ne laissent pas d’être à charge: je neme croyais pas un homme si curieux et si rare; et, quoique j’aietrès bonne opinion de moi, je ne me serais jamais imaginé que19je dusse troubler le repos d’une grande ville, où je n’étais pointconnu. Cela me fit résoudre à quitter l’habit persan, et à enendosser un à l’européenne, pour voir s’il resterait encore, dans22ma physionomie, quelque chose d’admirable. Cet essai me fitconnaître ce que je valais réellement. Libre de tous lesornements étrangers, je me vis apprécié au plus juste. J’eus25sujet de me plaindre de mon tailleur, qui m’avait fait perdre, enun instant, l’attention et l’estime publique; car j’entrai tout àcoup dans un néant affreux. Je demeurais quelquefois une28heure dans une compagnie, sans qu’on m’eût regardé, et qu’onm’eût mis en occasion d’ouvrir la bouche. Mais, si quelqu’un,par hasard apprenait à la compagnie que j’étais persan,31j’entendais aussitôt autour de moi un bourdonnement: « Ah!ah! Monsieur est persan? C’est une chose bien extraordinaire!Comment peut-on être persan? » De Paris, le 6 de la lune de34Chalval 1712.

Rica au même. In: Montesquieu. Lettres persanes.

  1. 53.

    Au lieu de « sans qu’on m’eût regardé », (R.28) on pourrait dire aujourd’hui sans qu’on me regarde.

  2. 54.

    Dans la phrase: « où je n’étais point connu » (R. 19 et 20), on peut remplacer « point » par plus, sans changer le sens de la phrase.

  3. 55.

    Le pronom « quelqu’un » (R.29) désigne une personne indéterminée.

  4. 56.

    Le mot « car » (R.26) peut être remplacé par puisque, sans changer le sens de la phrase.

  5. 57.

    Au lieu de « quoique j’aie très bonne opinion de moi » (R. 17 et 18), on pourrait écrire aujourd’hui quoique j’ai très bonne opinion de moi.

  6. 58.

    Rica a décidé de s’habiller à l’européenne pour éviter d’attirer l’attention sur lui.

  7. 59.

    Le mot « curieux » (R.17) signifie: qui est désireux d’apprendre quelque chose.

  8. 60.

    À la ligne 17 « quoique » peut être remplacé par bien que sans changer le sens de la phrase.

  9. 61.

    Des « vieillards » (R.3) sont des personnes laides, qui ont de vilains traits.

  10. 62.

    Le mot « bourdonnement » (R.31) fait référence à un murmure de voix humaines, un bruit confus signalant une activité.

  11. 63.

    Le mot « néant » (R.27) est synonyme d’absence totale, de vide.

  12. 64.

    Rica s’étonne et s’amuse des réactions des Parisiens à son égard, mais ne s’en offusque pas.

  13. 65.

    Rica sourit parce que les Parisiens le trouvent « Persan » alors qu’ils n’avaient jamais vu de Persan auparavant.

  14. 66.

    Dans l’expression « et à en endosser un à l’européenne » (R. 20 et 21), le mot « en » est un pronom personnel représentant une proposition précédée d’une préposition.

  15. 67.

    L’expression « tout à coup » (R. 26 et 27) peut être remplacé par soudain sans changer le sens de la phrase.

  16. 68.

    Ce passage met en relief qu’il existe un préjugé négatif contre les Persans.

1J’entends la voix de mon père algérien. Je suis avecles enfants mixtes. Nous restons ensemble. Nous nousreconnaissons.4Je ne sais pas les familles algériennes. Je refuse lesinvitations des familles françaises. Leur regard. Leurs mots.Leur jugement. Leur Algérie française. Je parle avec des mots7d’arabe intégrés à ma langue maternelle. Des incursions. Jeferme mes phrases par hachma. J’ai deux passeports. Je n’ai qu’un seul visage10apparent. Les Français ne comprennent pas. Je construis unmur contre les autres. Les autres. Leurs lèvres. Leurs yeux quicherchent sur mon corps une trace de ma mère, un signe de13mon père. « Elle a le sourire de Maryvonne. » « Elle a lesgestes de Rachid. » Être séparée toujours de l’un et de l’autre.Porter une identité de fracture. Se penser en deux parties. À qui16je ressemble le plus? Qui a gagné sur moi? Sur ma voix? Surmon visage? Sur mon corps qui avance? La France oul’Algérie?19J’aurai toujours à expliquer. À me justifier. Ces yeuxme suivront longtemps, unis ensuite à la peur de l’autre, cetétranger. Seule l’écriture protègera du monde.22Qui serai-je en France? Où aller? Quels seront leursregards? Être française, c’est être sans mon père, sans sa force,sans ses yeux, sans sa main qui conduit. Être algérienne, c’est25être sans ma mère, sans son visage, sans sa voix, sans ses mainsqui protègent. Qui je suis? Amine choisira à l’âge de dix-huitans. Il occupera son camp. Il deviendra entier. Il défendra un28seul pays. Il saura, enfin. Moi, je suis terriblement libre etentravée.¹ hachma: La honte !

Nina Bouraoui. Garçon manqué. 2000.

  1. 69.

    L’auteure considère qu’être binational est une richesse.

  2. 70.

    L’écrivaine considère que le service militaire représente une aubaine pour Amine définir une nationalité unique.

    Item anulado pela banca

  3. 71.

    La proposition « Nous nous reconnaissons » (R. 2 et 3) signifie dans le texte que les enfants de couples mixtes ont des similitudes physiques et une culture similaire.

  4. 72.

    Le mot « entravée » (R.29) s’oppose à « libre » (R.28) pour marquer la situation contradictoire dans laquelle se trouve l’auteure.

  5. 73.

    Dans cet extrait, Nina Bouraoui parle de la douleur que lui cause la séparation de ses parents.

  6. 74.

    L’écrivaine souffre de l’indifférence des Algériens à son égard.

  7. 75.

    La préposition « contre » (R.11) donne l’idée de proximité.

  8. 76.

    « Amine choisira » (R.26) signifie que Amine changera de pays.

1La BD Astérix commence en sortant de l’Histoire aumoment de la défaite de Vercingétorix à Alésia en 52 avant J.-C. (au début du premier album, Astérix le Gaulois, en 1961).4La conquête est finie, mais les Romains n’entreront jamaisdans le village gaulois. La résistance d’Astérix ne consisterapas à chasser l’occupant puisque son village n’est pas occupé.7Son seul but, ainsi que celui des autres habitants, est deconserver intact leur monde et leurs manières de vivre. Ilsforment une ethnie de chasseurs-cueilleurs, sans mémoire, sans10histoire et sans politique. Ce sont de purs Gaulois, accumulantles signes de la « gauloiserie »: moustaches blondes, pantalonset casques à plumes, menhirs et sangliers, druide coupant le13gui, etc. Ils combattent régulièrement les Romains, sans paixpossible, forment « une société pour la guerre ». Une poignéede vaincus ponctuellement vainqueurs qui n’attendent rien de16leur victoire.

Florence Dupont. Le village qui résiste. In: Astérix chez les philosophes, 2015 (adapté).

  1. 77.

    D’après le texte, la série Astérix est plutôt le reflet d’une résistance au temps que celle aux Romains.

  2. 78.

    L’utilisation du futur simple à la forme negative pour les verbes entrer à la ligne 4 et consister à la ligne 5 montre que l’auteur ne croit pas à la conquête du village par les romains.

  3. 79.

    Selon le texte, les Gaulois d’Astérix n’ont qu’une ambition: ne rien changer à leur mode de vie.

  4. 80.

    Les signes de « gauloiserie » dont parle le texte peuvent aussi être qualifiés de préjugés.

  5. 81.

    À la ligne 7 le pronom « celui » remplace le nom « but ».

  6. 82.

    Les Gaulois d’Astérix se battent sans démontrer de réelle envie de vaincre.

  7. 83.

    L’utilisation de « puisque » à la ligne 6 insiste sur le fait que le village d’Astérix n’est pas occupé.

  8. 84.

    L’expression « ainsi que » (R.7) peut être remplacé, sans changer le sens de la phrase, par après que.

    Item anulado pela banca

1Le « French bashing »… ou l’art de s’en prendre auxFrançais. D’abord cantonnée aux médias anglo-saxons, quil’ont inventée, l’expression est maintenant entrée dans notre4vocabulaire. Cela fait bien longtemps que nos voisins nousbrocardent, parfois gratuitement, mais souvent avec talent. Ilest vrai que nous les avons bien aidés. Car rares sont les7peuples qui, comme les Français, sont capables de soupirer surleur sort au point d’en faire une marque de fabrique reconnuedans le monde entier. Mais, au lieu de corriger nos défauts,10nous les avons choyés, revendiqués presque avec fierté. Sûrs de notre supériorité morale, culturelle etintellectuelle, nous n’hésitons pas à les lancer à la face du13monde entier, comme pour le défier. Rien d’étonnant, du coup,que la presse étrangère éprouve un malin plaisir à casser dusucre sur notre dos. Les occasions n’ont pas manqué ces16derniers temps: une économie brinquebalante — « la Francehomme malade de l’Europe » se décline désormais dans toutesles langues —, des gouvernements qui promettent plus qu’ils19n’agissent et des partis politiques qui préfèrent s’entre-déchirer— de droite à gauche — plutôt que de redonner de l’élan à unpays qui a le moral dans les chaussettes. Parmi le vaste choix22de péchés nationaux qui nous était offert, nous en avons choisisept, comme il se doit, qui paraissent impardonnables à nosvoisins, et — petite consolation — autant de qualités. Car, là25dehors, quelqu’un nous aime encore un peu…

Gian Paolo Accardo et Emmanuelle Morau. Cogner les Français. Courrier International, hors-série, Novembre-Décembre 2014.

  1. 85.

    Les auteurs soutiennent que le « French bashing » a eu un effet positif sur les Français en les poussant à pallier à leurs défauts.

    Item anulado pela banca

  2. 86.

    Selon les auteurs le phénomène du « French bashing » est déjà ancien.

  3. 87.

    Le verbe brocarder à la ligne 5 signifie tourner en dérision.

  4. 88.

    L’expression « casser du sucre sur notre dos », (R. 14 et 15), signifie dans le texte que les médias étrangers essaient d’adoucir un peu les Français mécontents du « French bashing ».

  5. 89.

    L’expression « au lieu de » (R.9) pourrait être remplacé, sans changer le sens de la phrase, par à la place de.

    Item anulado pela banca

  6. 90.

    Les auteurs affirment que les Français eux-mêmes sont en partie responsables des moqueries à leur égard.

  7. 91.

    L’expression « s’en prendre aux » (R.1) signifie se croire supérieur à ce que l’on est.

  8. 92.

    Dans « qui l’ont inventée » (R. 2 et 3), « l’ » a une valeur euphonique.

  9. 93.

    Dans l’expression « une marque de fabrique reconnue » (R.8), le e de «reconnue » marque l’accord avec le mot « fabrique ».

  10. 94.

    Le verbe choyer à la ligne 10 signifie traiter avec tendresse, entretenir avec amour.

  11. 95.

    Dans « nous les avons choyés, revendiqués » (R.10) l’accord des participes passés se fait avec « nous ».

  12. 96.

    Les auteurs utilisent l’expression « du coup » à la ligne 13 pour souligner l’agressivité des médias étrangers envers les Français.

  13. 97.

    Les auteurs de cet article affirment que le phénomène du « French bashing » s’est immédiatement diffusé dans le monde et l’expression a très vite été adoptée en France.

  14. 98.

    Dans « Cela fait bien longtemps » (R.4), le mot « bien » signifie très.

  15. 99.

    Les auteurs utilisent l’expression « comme il se doit » (R.23), pour souligner que les péchés choisis pour être exposés dans l’article sont vraiment graves.

  16. 100.

    L’expression avoir le moral dans les chaussettes à la ligne 21 signifie être déprimé.

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